Carnet de labo : Les 5ᵉ rencontres Pyromaniak et les rencontres informelles de la cuisson solaire (4/4) : la team rocket sans Miaouss

Voici le dernier d’une série de 4 articles sur des analyses de combustion aux 5èmes Rencontres Pyromaniakes 2026. Ce sont des articles assez denses et techniques. Je ne suis pas laborantin spécialisé en analyse de combustion : des imprécisions et erreurs peuvent être présentes.

Contexte

Dans ce dernier article je vous parle des inclassable. J’appelle ainsi les rockets que je n’ai pas pu faire rentrer dans les 2 précédents articles :). Ce sont des rocket a usage spécifique et très intéressant a instrumenter. Bonne lecture.

Le four à céramique de Jérémie

Infos

  • Conduit : double conduit latéral qui se réunit puis conduit 150 sur 30cm de long . Sonde au milieu du tronçons de 30cm
  • Brûleur : Rocket en L fortement inspiré des modèles Feu Follet avec une étagère de séparation arrivée d’air / bois. Permet de bien gérer la température en poussant, ajoutant ou retirant des toute petite section de bois mais nécessite une présence en continu devant le poêle.
  • Bois : douglas très sec (6-10%) et très fine section (1×1 cm ou 1x2cm et un peu de feuillus dans les même sections. Environ 7kWh de bois utilisé.
  • Utilisation : Première cuisson biscuit à 900°C de céramiques. Il s’agit d’une cuisson en palier :
    • 25 min pour monter a 200°C
    • puis 25 min pour monter a 300°C
    • puis 25 min pour monter a 400°C
    • enfin 1h pour monter a 900°C, 40 min a 900 et redescente lente en température.
  • Température foyer : 13.5°C (froid)
  • Température air ambiant : 13.5°C
  • Allumage à l’allume feu dans cheminée pour amorcer le tirage.
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Four poterie Jérémie, un vaisseau spatial qui fabrique des sculptures – Licence CC BY NC SA

Résultats

  • Excès d’air élevé lors du début (fonctionnement au ralenti) et plus bas a partir de 100 min (fonctionnement puissance nominal)
  • Température des fumées très haute en fin de cycle (550°C) mais en même temps le four est à 900°C
  • On voit vraiment bien la différence de qualité de combustion entre la période de chauffe lente par palier (avant 100 minutes) et la période de fonctionnement à fond (après 100min).
  • À noter que du fait des toutes petites sections de bois il n’y a quasiment pas de braises et donc lorsque Jérémie arrête d’alimenter le foyer pour redescendre en température (à 165 min) le feu s’éteint tout seul et ne dégage quasiment pas de CO.
  • Taux de CO sur la flambée 1070 mg/Nm3. C’est un bon résultat 1, en dessous du FV.
  • Rendement assez faible mais pas étonnant lorsqu’on doit monter à de si hautes températures.2

Le four à pain de JP et Marc

Infos

  • Conduit : Conduit diamètre 180 longueur 70. Sonde au milieu du conduit. Avec chapeau anti pluie.
  • Brûleur : de type boite (batchrocket) avec arrivée d’air latéral à l’avant du foyer et turbuleur en laine céramique.
  • Bois : 17.9 kg de mélange de bouts de chevrons et chutes de liteau (sec a cœur (11-14%) mais ayant pris la pluie (25-30% ext). Ce n’est donc pas le meilleur combustible !
  • Utilisation : Cuisson de 19.3 kg de pain + 3.5kg foccacia + 4.5kg de brioche. Petit couac avec l ‘équipe boulange : le four était chaud 1h d’avance sur l’enfournement.
  • Température foyer : 17.5°C (froid)
  • Température air ambiant : 17.5°C
  • Allumage au carton cagette
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Remorque four a pain Marc et JP – Licence CC BY NC SA

Résultats

  • Excès d’air très faible voir trop bas3, on observe à plusieurs reprises un décrochage/emballement lors de la recharge en bois. Cette emballement est beaucoup plus restreint avec la porte entrouverte = il y a un défaut d’air lors des recharges ou bien les sections sont trop petites.
  • Température des fumées moyenne qui permettent une longueur de cheminée très courte et donc plus pratique pour le déplacement de la remorque.
  • Ce graphique aussi montre bien les différent moment de recharge et emballement. La combustion est top en fonctionnement stable (avec des minimums aux alentour de 20 mg/Nm3 de CO soit des valeurs extrêmement basses) mais le rechargement pose problème4 (les pics sur la courbe).
  • De même le décalage four chaud / enfournement est riche d’enseignement . En effet, on constate que lorsque le feu passe en mode brasillement la combustion se dégrade et la courbe de CO monte en flèche (après 175min). D’où l’utilité d’un foyer étanche avec clapet de fermeture : cela permettrait de stopper l’alimentation en air des braises et donc d’éteindre complètement le feu (= plus de CO)5
  • Taux de CO sur la flambée 770 mg/Nm3 , très bon résultat6, en dessous du FV.
  • Ratio de pain/bois de 0.92 kg de bois pour 1 kg de pain. Sur une seul fournée7 alors que le but de ce four est d’enchaîner les flambées une fois le four chaud (inertie et isolation). De plus, le ratio est biaisé par le fait que l’enfournement du pain est arrivé une heure après que le four soit préchauffé.

Friture de beignets avec les Rock a Bilik

Infos

  • Conduit : 3 m en 125 avec double peau ventilé (pour ne pas brûler le barnum). Prise de mesure 40 cm au dessus du coude de sortie.
  • Brûleur : petit foyer en L en métal non isolé avec étagère de séparation. L’ enceinte de l’interface est isolé
  • Bois: 2.5kg (estimé à la louche) de douglas sec (12%) en section de 2x2cm ou 2.5×2.5cm.
  • Utilisation : réalisation de beignets de légumes dans de l’huile de friture a 180°C.
  • Température foyer : 19°C (froid)
  • Température air ambiant : 19°C
  • Allumage au carton et papier (8min car petit raté a l’allumage)
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C’est parti pour la friture !! – Licence CC BY NC SA

Résultats

  • Foyer en gros excès d’air. C’est lié à la grande cheminée et à l’étagère de séparation air bois.
  • Température des fumées haute car interface basique sans chicane pour ralentir les fumées.
  • Combustion plus chaotique lié selon moi lié à l’usage : la conception en L nécessite de pousser le bois régulièrement (comme sur le four a céramique sauf que Jérémie il est concentré a 100% sur l’alimentation en bois du foyer) et cuisiner des beignets en parallèle fait que le poêle n’est pas tous le temps utilisé à son fonctionnement optimal (timings pas concordants, oubli de pousser le bois…). On a donc des bouts de bois qui, en se consumant, s’écarte de la zone chaude et produisent alors beaucoup de fumée. Donc, on observe des pics de CO réguliers pendant la cuisson, sûrement lié à cela.
  • Je pense aussi que le fait que le foyer soit petit lui permet de monter vite en température mais, vu qu’il n’a ni isolation ni béton (et donc pas d’inertie), cela le rend beaucoup plus sensible à des variations extérieures comme un retard de pousse de bois ou un coup de vent.
  • Taux de CO sur la flambée : 2237 mg/Nm3. Un résultat en dessous de la norme EN15250. Mais au dessus des autres rockets vu précédemment . Cela reste très correct.
  • Un ratio kilo de beignet / kilo de bois non calculé mais sûrement très élevé :).

Conclusion

Et bien les rocket c’est toujours de la balle !! 🥳


On remarque que les rocket en L qui était très présents il y a quelques années sont moins plébiscités au Pyro. La grosse différence dans l’utilisation est la possibilité de gérer de façon beaucoup plus précise son feu (et de consommer moins de bois). Pour la céramique c’est un critère de première importance pour respecter les paliers de températures mais en contrepartie cela demande une concentration sur le feu bien plus élevé qui peut poser problème pour de la friture.

Pour le four a pain le modèle de foyer batch-bloc (très proche du DSSR2 de Peter Van Der Berg) montre des performances très élevées mais des pic de CO au niveaux des recharges en bois et une fois le feu presque éteint.

Dans l’ensemble, ces designs illustrent la polyvalence et la fonctionnalité des conceptions de poêles rocket. Et les analyse donnent des pistes d’amélioration pour faire encore mieux 🙂

Remerciements (bis)

Et ces données ont pu être récoltées notamment grâce à :

  • Agir Low Tech qui a accepté de louer l’analyseur de combustion ( car ça coûte environ 2500 euros à l’achat… )
  • Ojaf pour avoir fournis la tente qui a hébergé le labo pendant la semaine, son humidimètre et ses bras pour déplacer des rockets.
  • L’organisation des Pyromaniakes pour avoir soutenu et financé le projet.
  • Les participant.e.s qui sont venu me solliciter et qui ont accepté de percer des trous dans leur conduit de poêle 😅 (pour placer la sonde)
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On se quitte sur une belle image de brioche au feu de bois ! Un délice ! (et même que le lendemain on a eu des croissants/ pain au chocolat) 😋 – Licence CC BY NC SA
  1. Surtout que, même si je n’ai jamais instrumenté un four céramique à bois plus traditionnel, je pense que les rendements de combustion sont très très très en deçà (et que les flambées durent bien plus longtemps et consomment beaucoup plus de bois). ↩︎
  2. Même si les céramistes parlent de basse température pour des cuisson a 900°C… ah la relativité 🙂 ↩︎
  3. Regarder sur la courbe et pas la moyenne car celle ci prend en considération les ouverture de porte qui amène massivement de l’air ( la courbe O2 fait des montagne russes :)) ↩︎
  4. Hypothèse personnelle d’un manque d’air par rapport à la quantité de gaz de bois dégagée. ↩︎
  5. En plus cela évite le refroidissement interne du poêle par circulation ascendante d’air frais (effet de tirage) ↩︎
  6. Surtout en prenant en considération les pics de rechargement qui pourrait être évités. ↩︎
  7. Et sans compter brioche et focaccia 🙂 miam ↩︎